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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag, Le courrier de l'Atlas... Contact: hkernane@yahoo.fr


Un défaut de gouvernance ?

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 9 Avril 2013, 09:38am

Catégories : #Économie Algérie

Paru dans African Business, Avril / mai 2013

Algérie Télécom : un défaut de gouvernance ?

Algerie-Telecom.jpg

La valse des PDG au sein de l'opérateurs des operateurs Algérie Télécom , une dizaine depuis une décennie- a engendré une situation chaotique qui pénélise et retarde le développement du secteur des nouvelles technologies de l'information et de la communication dans le pays. 

Les changements successifs à la tête d’Algérie Télécom ne sont pas sans conséquences pour l’entreprise. Lors de son installation à la tête du groupe, en mars 2012, Azouaou Mehmel, ancien P-DG de l’opérateur de téléphonie mobile public Mobilis (filiale d’Algérie Télécom), a dressé un bilan très négatif sur les activités du groupe.Depuis sa nomination, il ne manque pas de rappeler : « Il est inconcevable que l’opérateur en charge du développement des TIC n’en fasse pas usage lui-même dans son activité pour améliorer la qualité de service rendu ».

En effet, Algérie Télécom croule sous les réclamations et l’insatisfaction des clients. Les pannes à répétition et la mauvaise qualité des services exaspèrent les abonnés. Nora, abonnée au service internet depuis deux ans, est excédée par la fréquence régulière des problèmes techniques liés à la connexion Internet. « Les réclamations suite aux pannes techniques ne sont pas prises en charge par Algérie Télécom. Les coupures sont régulières, le débit internet est très lent. Nous payons des abonnements pour un service minimum » nous confie t-elle à ce sujet. D’ailleurs, Azouaou Mehmel, connu pour son franc parler, adresse très souvent des messages à l’intention des cadres et employés du groupe. Des son arrivée il a souligné : « Algérie Télécom n’a encore réussi son passage du statut d’opérateur de réseau, régi administrativement, à celui d’opérateur de services, centré sur le client et à l’écoute de celui de ce dernier ».

Un bilan morose, une image négative

Alors que la branche téléphonie mobile enregistre une forte croissance en matière de parts de marché et de chiffre d’affaires, l’operateur des opérateurs semble être hors course. Pis encore, son bilan 2012 est morose. ‘’L’entreprise vit une situation des plus précaires’’ reconnaît Mehmel dans déclaration à la presse nationale. Et pour cause, Algérie Télécom ne fonctionne pas selon une logique commerciale pour assurer sa pérennité sur le marché. Les objectifs, fixés par les directions successives, n’ont jamais été atteints. Le président du groupe pointe un doigt accusateur sur une entreprise qui continue de fonctionner comme une administration. « L'entreprise reste fortement bureaucratique et n'arrive pas à concrétiser dans les délais les projets de mise à niveau de son outil de production » explique t-il.

MSAN-Algerie-Telecom.jpg

D’un autre côté, l’image de l’opérateur auprès de sa clientèle, ses fournisseurs et de ses partenaires, est ternie par les nombreuses insuffisances notamment par la mauvaise qualité des prestations et des services offerts. Les abonnés continuent d’être traités comme de simples usagers alors qu’ils doivent être considérés comme clients qu’il faudra séduire et fidéliser par une qualité de services irréprochable. « Les clients, les fournisseurs et les partenaires ainsi que l’environnement en général perçoivent Algérie Télécom comme une entreprise archaïque, bien loin d’être au diapason des évolutions technologiques » a martelé encore récemment le président du groupe.

Le redressement du groupe, une rude tâche

Il faut dire que les segments téléphonie fixe et Internet, dont l’ouverture du marché tarde à voir le jour, empêchent l’installation de la concurrence laquelle entrainerait une dynamisation du secteur des télécommunications. Plus encore, le monopole qu’exerce Algérie Télécom sur le marché de téléphonie fixe et Internet joue en sa défaveur. « Depuis 10 ans Algérie Télécom évolue dans un environnement de monopole. Cette situation l’a paralysé, car elle n’a pas de concurrents. Ce qui a impacté la qualité de ses services » explique à ce sujet Ali Kahlane, président de l’Association algérienne des fournisseurs de services internet (AAFSI)

Algérie Télécom, qui évolue dans un cadre très concurrentiel engendré par le dynamisme des trois opérateurs de téléphonie mobile (Djezzy, Nedjma et Mobilis), a besoin d’une restructuration profonde et multidimensionnelle. Pour ce faire, des efforts colossaux doivent être fournis dans le renouvellement et la mise à niveau des infrastructures dont certaines, datant des années 90, sont aujourd’hui obsolètes ou endommagées.

L’incendie de deux centraux  Larbi Ben M’hidi et Liberté, survenu le 19 décembre dernier, reflète parfaitement l’état de délabrement des infrastructures du groupe. Pendant plusieurs jours, Algérie Télécom ne pouvait assurer un service continu à sa clientèle. « Le  peu de robustesse de notre infrastructure et de la difficulté, voire l'impossibilité d'assurer la continuité du service en cas de sinistre »… ont été soulignés par Mehmel suite à ce sinistre. Revenant sur cet événement lors d’une conférence organisée au ministère de tutelle, le 28 décembre 2012, sur le thème de ‘’la modernisation du réseau d’Algérie Télécom’’, le président du groupe Azouaou a précisé : « il y’a obsolescence  de l’infrastructure mais aussi du réseau capillaire ». Dès lors, la modernisation de l’entreprise devient impérative. 

Pour faire face, Azouaou Mehmel a sollicité l’aide de l’État pour l’octroi de crédits bonifiés afin de mettre en œuvre un  plan de restructuration rapide. « Les pouvoirs publics sont dans l'obligation de trouver des alternatives aux insuffisances d'Algérie Telecom s'agissant de la satisfaction des clients sur les plans quantitatif et qualitatif » a lancé son patron d’Algérie Télécom lors de la présentation du bilan 2012 de la compagnie. Selon la direction du groupe, le plan d’investissement de près de 100 milliards de dinars (environ 1 milliard d’euros), mis en œuvre par ces prédécesseurs, devrait être revu. Le plan de restructuration global, établi par la nouvelle direction, nécessitera une enveloppe budgétaire plus conséquente.

Travaux de modernisation et de mise à niveau

Concrètement, cinq centraux du réseau d’Algérie Télécom - en l’occurrence les centres Liberté, Ben M’hidi, Aissat Idir, Mustapha et Bir Mourad Raïs –, situés dans l’Algérois, sont concernés par des travaux de modernisation et de mise à niveau. Aussi, pour assurer à ses abonnés une connexion Internet à haut débit, l’operateur va devoir procéder à des travaux d’extension de la bande passante et l’introduction des nouvelles technologies Msan, Wifi, Triple Play et fibre optique. Toujours dans le même contexte, la mise en œuvre des partenariats public/privé (PPP), conçus par les professionnels du secteur depuis de nombreuses années, devrait donner un coup d’accélérateur  au secteur des TIC dans le pays. Kahlane explique le retard dans la mise en ouevre des partenariats public/privé aux changements récurrents à la tête du groupe. Selon cette même source, le retard d’Algérie Télécom est la conséquence d’un  ‘’ problème de gouvernance et de management’’.

Dans tous les cas, une question s’impose : la future loi sur les Télécommunications - laquelle devrait permettre l’ouverture du marché des activités Internet et téléphonie fixe– va t-elle être une aubaine pour le développement du groupe ou sa mise à mort ? 

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