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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Un secteur inexploité

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 25 Décembre 2013, 16:17pm

Catégories : #Économie Algérie

Paru dans Arabies, décembre 2013

Alors que la filière assurance dommages est en progression en Algérie, l'assurance des personnes peine à décoller. décryptage. 

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Malgré son énorme potentiel, le secteur des assurances, largement dominé par les entreprises publiques et partiellement réorganisé en juin 2011, est le moins développé de la région du Maghreb. Constitué de 21 compagnies d’assurances et 2 mutuelles, publiques et privées, le secteur a réalisé un chiffre d’affaires de 30,7 milliards de dinars (300 millions d’euros) durant le premier trimestre de l’année 2013, soit une progression de 23% comparativement à la même période de l’année 2012.

Malgré son énorme potentiel, ce domaine d’activité, considéré comme le moins développé de la région du Maghreb, ne contribue qu’à hauteur de 0,8% du PIB (contre 2,9% au Maroc). Aussi, selon Abdelhakim Benbouabdellah, secrétaire permanent du Conseil national des assurances (CNA), le secteur participe à hauteur de 3% dans le financement de l’investissement national.

Par ailleurs, le secteur, dominé par les entreprises publiques qui détiennent près de 70% des parts de marché, a été partiellement réorganisé en juin 2011. Il est en effet régulé par de nouvelles dispositions réglementaires imposant aux compagnies d’assurances souhaitant investir dans la branche assurances des personnes de créer des filiales spécialement dédiées à cette activité. Toujours dans le cadre de ce dispositif réglementaire, le capital minimum, fixé à un milliard de dinars contre 200 millions précédemment, est considéré comme très restrictif par les compagnies d’assurances de taille moyenne.

Ces dernières ont en effet préféré conclure des conventions avec des banques pour la commercialisation des produits d’assurances telles que l’assurance –vie, les complémentaires santé, les contrats pour les rapatriement des corps des Algériens résidants à l’étranger et des assurances voyages.

Pour dynamiser le secteur, le ministre des Finances, Karim Djoudi, appelle les professionnels du secteur à s’appuyer sur le réseau bancaire pour assurer la commercialisation des produits d’assurance.

Un marché faible.François Xavier Hussenot, directeur général de la société d’assurance Cardif El Djazair, filiale de BNP Paribas, explique que l’entreprise confie la vente des produits assurances comme l’assurance décès, invalidité, rapatriement de corps et assurance emprunteur aux banques du réseau BNP Paribas. De son côté, Pierre – Olivier Adrey, directeur de la société d’assurance, de prévoyance et de santé (SAPS) explique : « la faiblesse du marché financier entrave le développement de l’assurance épargne et de prévoyance ».

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Pour combler le déficit en matière de couverture de santé, la société Saps a axé sa stratégie commerciale sur le développement des produits complémentaires santé et protection des accidents. Et pour cause, depuis la détérioration des prestations des établissements et centres de santé du secteur public, de nombreux Algériens se tournent vers les cliniques - lesquelles pratiquent des tarifs onéreux – la souscription d’une complémentaire santé est désormais de plus en plus plébiscitée par les clients, aussi bien les particuliers que les entreprises. Pour mieux répondre aux attentes de la clientèle et assurer une meilleure pénétration du marché, Pierre Olivier Adrey opte pour la réalisation des études de terrain pour déterminer les besoins spécifiques des clients potentiels.

Les assureurs privés misent sur le long terme. Implanté dans le pays depuis 2011, le groupe français Axa, -partenaire de la Banque extérieure d’Algérie (BEA) avec 15% du capital et le Fonds national d’investissement (FNI) avec 36% des actions -, réalise de belles performances puisque son un chiffre d’affaires a atteint 6,34 millions d’euros.

En 2012, Axa Algérie a déployé près de 30 agences dans plusieurs wilayas et compte 44 000 clients pour les produits des assurances voyage, 14 000 souscriptions d’assurances automobiles et plus de 25 000 assurés dans le cadre de contrats collectifs. «Nous considérons l’Algérie comme un pays émergent à très fort potentiel » souligne Adelane Mecellem, directeur général d’Axa Algérie.

Stratégie.Pour se démarquer de la concurrence, la compagnie a engagé une stratégie commerciale offensive qui priviligie le remboursement rapide ( en moins de 24 heures) pour tous les dommages inférieurs à 100 000 dinars (1000 euros).

Confrontés à des délais de remboursements souvent excessifs, les clients seront de plus en plus séduits par ce service. « La prise en charge rapide est un des critères de sélection qui motive un souscripteur potentiel dans le choix de la société d’assurance. Personnellement, je préfère ne pas avoir à avancer les frais de réparation en cas d’accident. Or, c’est souvent le cas pour les autres compagnies d’assurances » explique Ahmed, un client de la société Axa.

La branche assurances dommages (automobiles, Incendie, risques divers) a réalisé, au premier trimestre 2013, un chiffre d’affaires de 29,6 milliards de dinars, soit une hausse de 23% comparativement à la même période en 2012. Selon les chiffres du CNA, le montant des sinistres réglés a atteint 6,9 milliards de dinars, soit une évolution de 115% par rapport à l’année précédente.

Les professionnels du secteur expliquent que cette hausse est tirée par le dynamisme de la filière assurance automobile qui a représenté près de 58% de parts de marché en 2012. La souscription obligatoire aux garanties dommages, considérée comme le moteur du secteur des assurances, s’est accrue en fonction de la croissance du marché automobile qui a enregistré plus d’un demi - million de véhicules vendus en 2012. Selon les chiffres officiels, les indemnisations au titre de l’assurance automobile sont de 2,7 milliards de dinars dont 65% des remboursements de la filière dommages.

Cela dit, malgré cette embellie, les assureurs se plaignent de la politique tarifaire pratiquée sur le marché. Ces derniers revendiquent une harmonisation des prix avec le marché régional. «On constate que la tarification applicable en Algérie est 7 fois plus faible que celle du Maroc et 5 fois à celle de  la Tunisie», souligne un assureur.

Assurance automobile. Amara Latrous, président de l’Union algérienne des sociétés d’assurances et réassurances  (UAR), explique : «L'assurance automobile obligatoire est en moyenne de 1500 DA par an en Algérie. Ailleurs, elle est 10 fois plus chère».

 

Les patrons de sociétés d’assurance affirment que la filière est déficitaire. « La filière automobile n’est pas la plus attrayante, et ce malgré le nombre élevé de véhicules vendus » affirme Hassan Khelifati, directeur générale de la société Alliance assurances. Sentiment partagé par M. Djafri, président de la compagnie algérienne des assurances (CAAT) qui indique : «les indemnisations sont plus importantes que les primes drainées au titre de l’assurance automobile. Les sociétés sont déficitaires ».

De plus, les compagnies d’assurances, désireuses de gonfler leur porte feuille clients, n’hésitent à proposer des remises de 60 % à 80% aux nouveaux souscripteurs. Irrités par ces actions, jugées déloyales, de nombreux patrons de sociétés ont réclamé l’introduction d’une cohérence dans la pratique des prix. Ces derniers ont d’ailleurs engagés des démarches auprès du gouvernement pour obtenir une révision de la politique tarifaire, une initiative fructueuse puisque ces derniers ont obtenu gain de cause à la fin du mois d’octobre 2013. Les promotions sont désormais plafonnées à 50% de remises.

Alors que la branche assurance des personnes connaît un boom dans les pays occidentaux – représentant plus de 50% des activités du secteur -, la filière peine à décoller sur le marché algérien et ne réalise que 9% des parts de marché. Selon l’organisme régulateur, le chiffre d’affaires de cette branche est passé de 2,6 milliards de dinars au premier trimestre 2012 à 3,8 milliards de dinars à la même période en 2013.

En dépit de cette faible croissance, l’assurance de personnes a connue toutefois une hausse de 45,7% au premier trimestre 2013 (contre un recul de -33% en 2012). Selon M. Benbouabdellah, la baisse de l’activité enregistrée en 2012 est due à la réorganisation de l’activité notamment les procédures d’examen des dossiers, l’obtention des agréments et la formation du personnel lors de la création des filiales spécialisées dans l’assurance des personnes. « Cette réorganisation a engendré  une période de non activité » souligne t-il à ce sujet.

Encouragés par l’énorme potentiel de l’épargne des Algériens et l’absence de produits de placement – faiblesse du marché financier -, les professionnels du secteur optent pour la diversification des produits, notamment à travers la promotion de branche assurance des personnes. Pour cela, une stratégie bien ciblée et un travail de marketing approfondi sont nécessaires pour expliquer l’intérêt des produits d’assurance pour la protection des biens et des personnes.

Pratiques d’épargne.Car, la souscription de polices d’assurances est quasi absente des pratiques d’épargne des Algériens. Selon les conclusions de l’étude Sigma de Swiss Re, la dépense moyenne en assurance d’un algérien est de 32,80 dollars, une somme inférieure à celle d’un Tunisien (73 dollars ) et d’un Marocain (65 dollars).

Ces chiffres évoquent –ils un manque de la culture des assurances des Algériens ou représentent-ils des manquements dans la législation ?  Selon les spécialistes, ce recul s’explique par les répercussions de la nouvelle législation encadrant le secteur, et plus particulièrement à la suite de l’application de nouvelles dispositions de l’ordonnance 95-07, introduites par la loi 06/04 qui impose aux sociétés d’assurances de séparer les filières assurance dommages et assurance des personnes.

Il est noter que, sur 21 sociétés d’assurances opérant sur le marché, seules sept compagnies commercialisent les produits assurances des personnes, dont Caarama assurances (filiale de la compagnie algérienne des assurances et réassurances ou CAAR; Société d’assurance, de prévoyance et de la santé ou SAPS (société mixte de la société algérienne des assurances SAA, de la Banque de développement BDL et le groupe français Macif) ;  et Macir-vie ( filiale de la compagnie internationale d’assurance et réassurance, ou CIAR ; Cardif El Djazaïr (filiale de BNP Paribas ) et AXA Algérie ( partenaire de la Banque extérieure d’Algérie ou BEA, et le Fonds national d’investissement, ou FNI). ,« Certaines compagnies avancent le fait que le capital d’un milliard de dinars exigé pour la création d’une filiale est très élevé et hors de leur portée pour se lancer dans de tels projets » souligne à ce sujet M. Benbouabdellah. Raison pour laquelle certaines à l’image d’Alliance Assurances, ont préféré conclure des partenariats pour offrir leur propre clientèle des produits d’assurance des personnes. Pourtant, la branche assurance des personnes dispose d’un grand potentiel de développement. Selon les informations recueillies, le chiffre de cette activité devrait connaitre une évolution positive dans les deux prochaines années.

Développement.Amara Latrous considère que le potentiel de développement de cette filière est estimé à près de 50 milliards de dinars en dix ans. Car les filiales nouvellement créées comptent bien adopter des stratégies commerciales très agressives afin de promouvoir leurs produits. « Un comité d’innovation produits a été créé au sein de la société pour mener une réflexion sur l’adoption et la création de nouveaux produits », souligne à ce sujet Mokhtar Naouri, directeur général de la société Caarama.

Il faut dire que les professionnels du secteur sont plutôt optimistes. « Les compagnies prennent conscience des enjeux de cette activité et dotent leurs filiales de ressources humaines et de moyens matériels pour booster cette activité, et les résultats de cette agressivité se feront ressentir dans les prochaines années » assure le président du CNL. Même discours pour le  patron de la Caat, qui plaide pour l’organisation des campagnes de proximité dans le but d’informer les citoyens sur l’importance des produits d’assurance des personnes. « Les Algériens ne connaissent pas les mécanismes et l’intérêt de l’assurance des personnes »explique t-il lors d’une rencontre entre professionnels. Comme en témoigne la faiblesse en matière de souscriptions de contrats. Selon le président de l’UAR, seuls 520 000 souscriptions de contrats d’assurance contre les risques de catastrophes naturelles ont été effectuées en 2012.

Pour y remédier, en plus de la mise en œuvre des compagnes de sensibilisation, les professionnels appellent les autorités publiques à mettre en œuvre des textes réglementaires rendant obligatoire la souscription de contrats d’assurances - comme celle exigée par les notaires lors de l’acquisition de logements - et l’adoption d’une politique tarifaire plus en adéquation avec les pratiques du marché régional.

Sans de nouvelles orientations dans l’organisation et la réglementation, le marché risque de stagner à l’image des autres activités du secteur financier dans le pays.

 

 

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