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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Une trop faible bancarisation

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 12 Juin 2013, 17:47pm

Catégories : #Économie Algérie

Paru dans Arabies, juin 2013

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La réforme du secteur bancaire, engagée par le gouvernement algérien depuis près de 4 ans, tourne au ralenti.  Les mesures annoncées pourront-elles combler les retards accumulés ? Tour d’horizon.

Constitué de six banques publiques et d’une trentaine d’établissements étrangers de droit algérien, le système bancaire algérien, malgré son énorme potentiel, est considéré comme défaillant notamment dans le financement d’une économie productive et la bancarisation des ménages. Selon les conclusions d’une étude réalisée par Najy Benhassine, expert auprès de la Banque Mondiale (BM), les banques en Algérie enregistrent un grand retard dans diverses activités, si l’on compare aux autres institutions à l’échelle régionale. L’étude, effectuée sur un panel composé de plusieurs pays - dont la Tunisie, le Maroc, l’Égypte, la Turquie, la Malaisie, l’Indonésie, la Roumanie, le Vietnam, la chine, le Mexique, le Brésil et le Chili -, démontre que l’une des caractéristiques majeures de ce retard concerne la faiblesse de la bancarisation. En effet, le réseau bancaire algérien est un des plus bas du panel des pays cités puisqu’il ne représente qu’une agence pour 25 000 habitants alors que la Tunisie et la Roumanie comptent respectivement une agence pour 8000 et 3000 habitants. L’étude démontre aussi que l’accès aux crédits demeure très contraignant puisqu’on compte que 10 emprunteurs pour 1000 habitants alors que la Tunisie et la Turquie comptent respectivement 120 et 700.

En outre, le pays arrive en pôle position en matière de détention des actifs bancaires par l’État, soit 90%, devançant le brésil avec 40%, la Turquie 30% et le Maroc 30%. L’Algérie tient également la première place dans le financement des entreprises publiques : les banques accordent près de 25% du total des crédits octroyés dans le pays. A titre de comparaison, ce total est de 8% au Maroc et de 5% en Turquie et en Chine. Selon le bilan publié par le ministère des Finances, en mai 2013, entre 2004 et 2013, le trésor public algérien a déboursé 15 800 milliards de DA (soit près de 220 milliards de dollars) au profit des investissements publics. Pour rappel, le budget total des investissements est de 380 milliards de dollars dont 160 milliards n’ont pas été dépensés.

Projets de réformes. Pour améliorer les services bancaires, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, par la voix d’une circulaire, a demandé aux institutions financières et bancaires de procéder à la facilitation de l’ouverture des comptes ainsi que l’octroi des crédits bancaires. « Les tracasseries rencontrées par les citoyens qui veulent déposer leur argent dans les banques ou ceux qui veulent en emprunter doivent absolument disparaître », a t-il déclaré. De son côté, Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d’Algérie a souligné qu’un groupe de travail composé de représentants du ministère des Finances, de l’Association des banques et des établissements financiers (Abef) et des banques, est chargé de mettre en œuvre des projets de réformes concernant la simplification de l’ouverture des comptes, l’impulsion des moyens modernes de paiement et la densification du réseau bancaire.

Quelle contribution pour l’économie nationale? Les banques privées, filiales de grands groupes internationaux (BNP Paris bas, Société Générale Algérie (SGA), Algeria Gulf Bank, Trust Bank, HSBC, Natexis) se sont adaptées à la réglementation en vigueur dans le pays.

Très réactives sur le marché, ces banques se concentrent sur les activités les plus rentables comme le financement du commerce extérieur via l’octroi du crédit documentaire Credoc, imposé dans le cadre de la loi de finance complémentaire 2009. Les filiales des banques étrangères opèrent également dans la captation de la clientèle haut de gamme parmi les entreprises et les particuliers.

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Qu’en est-il des banques publiques ? Ces dernières fonctionnent t-elles selon une logique commerciale ? Dans tous les cas, grâce à l’injection des ressources provenant de la rente pétrolière, les banques algériennes disposent d’une assiette financière de près de 50 milliards de dollars. En dépit de la faiblesse de la rémunération de l’épargne de la Banque centrale algérienne (à hauteur de 2%), les dépôts à terme ont enregistré une forte croissance de l’ordre de 20%.

Collecte de l’épargne. Mieux encore, selon les indications de la Banque d’Algérie, les banques primaires, publiques et privées, bénéficient d’une grande solidité caractérisée par un niveau de fonds propres dépassant le seuil réglementaire. « Le ratio d’adéquation des fonds propres aux risques encourus (ratio de solvabilité) enregistré en 2011 est de 24% » souligne le rapport en question. Cependant, selon les spécialistes, ce taux de ratio explique également une « capacité de crédits non –employée ». De leur côté, les spécialistes du secteur considèrent que la collecte de l’épargne devrait servir au financement des investissements hors hydrocarbures, créateurs d’emplois.

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Yacine Ould Moussa, expert en économie, appelle à une meilleure contribution des banques dans le  financement des investissements et des entreprises. Selon lui, le secteur bancaire nécessite une amélioration en matière d’intermédiation bancaire et de diversification des produits financiers. « L’essentiel est d’avoir une offre de produits de placement de l’épargne et de produits de financement permettant de financer le cycle d’exploitation et d’investissement des entreprises et contribuer ainsi à la croissance économique », souligne t-il dans un entretien accordé à un journal algérien.

De son côté, Abderrahmane Metboul, expert international en management stratégique et professeur des universités, explique dans une contribution publiée par un journal algérien : « les banques demeurent encore des instruments de financements passifs ». Pour dynamiser le secteur financier, l’expert appelle à la poursuite et à approfondissement des réformes, notamment à travers la « dépénalisation de l’acte de gestion bancaire qui est d’abord une décision politique et institutionnelle avant d’être économique et technique ».

Sociétés de leasing. Le leasing, un moyen de financement par crédit-bail, est en phase de développement depuis deux ans. « Nous avons noté une amélioration des conditions d’octroi de crédit et une diversification de l’offre de financement par le leasing ou le capital investissement avec un certains nombre de sociétés qui se sont constituées et des sociétés de leasing qui se sont spécialisées selon un segment donné », a précisé à ce sujet le ministre des finances Karim Djoudi. Pour permettre un développement plus rapide de cette activité bancaire, l’État algérien a maintenu les avantages fiscaux accordés aux sociétés spécialisées dans le financement des investissements par leasing.

En raison de sa dépendance de la rente pétrolière, le système financier algérien semble être déconnecté du système financier international. En dépit de l’amélioration des ratios en termes de solvabilité et rentabilité, le secteur reste très bureaucratique et manque d’autonomie vis à vis du pouvoir politique. 

Nabil Djemaâ, expert judiciaire en opérations financières et bancaires, agrée par le ministère de la justice, dénonce le manque de contrôle de la Banque d’Algérie. Selon les spécialistes de la finance, cet établissement, qui doit jouer un rôle déterminant dans l’organisation, la dynamisation et la réglementation du secteur, n’assume pas complètement son rôle d’autorité et de contrôle.

Nabil Djemaâ appelle l’institution à effectuer des contrôles par le biais d’audits, afin d’éviter les  dépassements et les détournements de fonds, traités par la justice algérienne, qui entachent les institutions financières depuis de nombreuses années – Banque nationale d’Algérie (BNA), Banque algérienne de développement rural (BADR) et Banque de développement local (BDL). Aussi, pour assurer un meilleur suivi des recouvrements, l’expert plaide pour la constitution d’un fichier des grands emprunteurs au niveau de l’institution de régulation.

Pour mieux remplir son rôle de régulation du marché, la Banque d’Algérie a décidé de soumettre les banques, publiques et privées, à un système de notation comparable à celui qui est pratiqué par les grandes institutions de notation internationale comme Moody’s, Fitch  Rating & Poor’s. La notation bancaire, pratique courante à l’échelle internationale, permet de mesurer les risques bancaires qui causent les faillites. « La notation permet de renforcer la capacité de détection précoce de la vulnérabilité des banques et des établissements financiers afin de préserver la stabilité du système financier mais aussi la protection des déposants », a souligné M. Laksaci.

De son côté, Abderrezak Trabelsi, délégué général de l’Abef, a déclaré que la notation aide à fixer les taux des emprunts sur le marché interbancaire, qui seront déterminés en fonction de la solidité de chaque banque. Selon les indications de la banque d’Algérie, le système de notation tiendra compte de plusieurs critères de la solidité financière et des outils de contrôle et d’évaluation, dont les ratios de solvabilité, le rendement de fonds propres, des actifs ainsi que la gestion des liquidités et des risques bancaires. « Le système de notation permet de classer les banques selon le niveau de leurs performances par rapport au niveau de leur maîtrise des risques», explique encore le gouverneur de la Banque centrale algérienne.

Cela dit, les mesures de l’institution régulatrice et les pouvoirs publics son certes louables, mais les spécialistes du secteur continuent d’évoquer les insuffisances structurelles dans les domaines technique, technologique et logistique. L’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication - qui contribuent à la modernisation des systèmes d’informations des banques et au déploiement des modes de paiements modernes – n’est pas optimisé dans le pays.

Modes de paiement. Le réseau Swift, qui assure la non - répudiation des échanges et assure la transparence des transactions, n’est également pas pratiqué par les banques. En 2013, le chèque reste le mode de paiement le plus utilisé. Par ailleurs, les autres modes de paiement modernes comme les virements, les prélèvements et les paiements par cartes bancaires sont très peu répandus voire rudimentaires. Pis encore, les transactions commerciales continuent d’être effectuées sans l’établissement de factures. Une pratique courante qui pénalise les efforts des porteurs de projets, des investisseurs et du commerce organisé. D’ailleurs, à propos de la régulation effective et l’indépendance de la banque des banques, l’économiste Yacine Ould Moussa dira que : « Pour qu’il y est une indépendance de la Banque centrale, il faut d’abord avoir une économie réelle fortement bancarisée, fiscalisée, monétarisée et organisée ».  

 

 

 

 

 

 

 

 

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