Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Vers la spécialisation des banques

Publié par Hakima Bedouani-Kernane Journaliste sur 5 Août 2013, 08:57am

Catégories : #Économie Algérie

Paru dans African Banker, juillet/août 2013

img150.jpg

Les banques publiques algériennes connaissent une situation sans précédent de surliquidités et orientent leurs disponibilités vers des secteurs d’activités spécifiques. De son côté, l’État souhaite utiliser ces excédents pour la réalisation d’infrastructures.

Les experts évoquent un revirement dans la stratégie de fonctionnement des banques publiques à travers une spécialisation massive. Depuis 2011, l’État sollicite les excédents financiers des banques publiques pour la réalisation des infrastructures économiques et sociales.

Une stratégie de spécialisation.

Après la Banque extérieure d’Algérie (BEA), appelée « la banque du groupe pétrolier Sonatrach », c’est au tour du Crédit Populaire d’Algérie (CPA) de se spécialiser dans le financement du logement. En 2012, la banque a octroyé 40 milliards de dinars (510 millions de $) en crédits immobiliers.

Elle a été désignée par le gouvernement comme chef de file d’un consortium de banques publiques pour le financement d’un programme de construction de 300 000 logements de type location - vente et logements promotionnels publics (LPP). Ce programme, inscrit dans le cadre du plan quinquennal 2010/2014 pour la construction de 2,4 millions de logements, sera réalisé conjointement par l’Entreprise nationale de promotion immobilière (ENPI) et l’Agence pour l’amélioration et le développement du logement (AADL) et coutera 1200 milliards de dinars, soit 15,4 milliards de dollars. 

Pour cette réalisation, une convention a été signée  fin avril 2013 par Abdelmadjid Tebboune et Mohamed Djellab, respectivement ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme et P-DG du CPA. Cette convention, largement commentée par la presse nationale, est considérée par le P-DG du CPA comme  « la plus grosse opération de financement par concours bancaire de l’histoire de l’Algérie ». Quant à Abdelmadjid Tebboune, il a souligné, lors d’une conférence de presse en marge de la signature de la convention, que : «  La nouvelle stratégie du secteur de l’habitat vise à alléger les charges sur le trésor en impliquant les banques publiques dans la réalisation des projets ».

La Caisse Nationale de l’Épargne et de Prévoyance (CNEP), spécialisée depuis sa création en 1964 dans la collecte de l’épargne et les crédits immobiliers aux particuliers, a opéré, depuis fin 2011, ‘’un repositionnement stratégique’’ en s’orientant dans le financement des projets d’investissements publics, notamment ceux du groupe énergétique Sonelgaz. En 2012, l’institution bancaire, connu par l’excès de ses liquidités (elle récolte les dépôts et est un acteur majeur des emprunts obligataires), a accordé des crédits totalisant 343 milliards de dinars, soit 4,4 milliards de dollars à Sonelgaz.

De plus, pour résorber des surliquidités bancaires, les pouvoirs publics ont également incité les banques publiques à financer les micros entreprises. Selon la Banque d’Algérie, près de 70% des crédits bancaires – dont le montant total avoisine les 5 milliards de dollars / an – ont été accordés par les banques publiques aux 100 000 très petites entreprises (TPE), nouvellement créées en Algérie. Les banques privées, quant à elles, s’intéressent plutôt au financement du commerce extérieur et l’octroi des crédits aux entreprises privées. Depuis la généralisation du crédit documentaire (Credoc) comme seul moyen de paiement des transactions commerciales à l’international en 2009, les banques privées se spécialisent dans le financement des importations. Une pratique lucrative qui leur a permis de réaliser des bénéfices plus que satisfaisants.

L’imposition du Credoc –  dont l’objectif principal est le contrôle et la limitation des importations - n’a pas eu les résultats escomptés, puisque le pays a plus que doubler ses importations depuis son instauration en 2009. Selon la Banque centrale, les importations algériennes ont enregistré un rebond de 8,9% en 2012. Plus encore, sur une quinzaine d’établissements bancaires opérant sur le marché, seules quelques banques comme Société Générale Algérie (SGA), BNP Parisbas El Djazair, El Baraka et Gulf Bank ont diversifié leurs activités. Lors d’une conférence de presse organisée à Alger, Mohamed Laksaci, gouverneur de la Banque d’Algérie n’a pas manqué de rappeler aux établissements bancaires privés que : « les agréments leur ont été délivrés pour faire de l’intermédiation bancaire, c’est à dire pour collecter de l’épargne et financer l’investissement ».

Nabil Djemaâ, expert judiciaire en opérations financières et bancaires agrée par le ministère de la Justice soutient que : « les banques en Algérie ne sont pas sur le même pied d’égalité où la concurrence est censé être le mot d’ordre ». Pour y remédier, le gouvernement devrait annoncer dans les prochaines semaines de nouvelles mesures pour recadrer le financement des importations et du commerce extérieur. L’objectif des pouvoirs publics consiste à réorienter les ressources financières des importations vers le financement des PME.

Une situation favorable au financement de l’économie ?

La spécialisation bancaire n’est pas appréciée des économistes et des analystes financiers. Ces derniers sont plutôt réservés par rapport aux transformations qui se succèdent au niveau des banques et plaident pour une utilisation plus rationnelle des ressources dans le financement des infrastructures. « Les  banques utilisent des sommes colossales dans le financement des programmes publics au détriment du financement des investissements productifs » souligne un cadre dans une banque publique qui préfère garder l’anonymat. « Il serait plus profitable au pays de trouver un équilibre entre le financement des programmes publics et le financement des projets qui favoriseront la production nationale » conclut –il à ce sujet.

Selon les chiffres officiels, l’économie algérienne est peu financée. En effet, en dépit de quelques initiatives comme une légère augmentation dans l’octroi des crédits (de 15% en 2011 contre 14% en 2010), les investissements productifs et les crédits bancaires destinés aux petites et moyennes entreprises sont dérisoires. De plus, selon l’expert financier Lies Kerrar, expert financier : « la spécialisation à tendance à diminuer la concurrence ».

La spécialisation des banques va t-elle transformer le paysage bancaire algérien en l’éloignant des standards internationaux ?

Depuis 2011, le revirement de la stratégie de fonctionnement par l’accentuation de la spécialisation éloigne peu à peu les banques algériennes des standards internationaux pratiquées. En effet, le fonctionnement universel, qui consiste en l’élargissement des domaines de compétences, la professionnalisation des métiers, la diminution des risques et l’accroissement de la rentabilité est peu pratiqué dans le pays. Ce financement universel adopté depuis d’une décennie est-il remis en cause ? Le financement multisectoriel des filières des activités économiques, des professions libérales, du commerce et des particuliers, va t-il être délaissé au profit de la spécialisation ? Mohamed Loukal, P-DG de la BEA a déclaré à ce propos que : « la spécialisation des agences est notre force de frappe ». Concernant la spécialisation de la banque dans le secteur des hydrocarbures, ce dernier précise que : « La stratégie que nous avons élaborée consiste d’abord à la consolidation de notre partenariat avec le secteur des hydrocarbures à travers le financement des grands projets structurants suivant la formule ‘’ project financing’’ »

De son côté, le Forum des chefs d’entreprises (FCE) plaide pour la création d’une banque d’investissement. Selon l’organisation patronale, il y a un «  manque de volonté de la part des banques algériennes à s’impliquer davantage dans le développement  économique et considère que seule une banque spécialisée pourrait dynamiser les entreprises algériennes ». Hassen Khelifati son vice - président et P-DG de la compagnie Alliances Assurances cotée en Bourse, confirme que : «le FCE fait de la demande d’une banque spécialisée dans le financement des PME une priorité ». Or, les experts financiers considèrent que la spécialisation comporte des risques importants et menacent la solidité financière des banques. Ils estiment également que la concentration des crédits au profit d’un seul secteur représente un facteur de fragilité même si la réglementation, très prudentielle, ne permet pas aux banques d’engager plus de 25% de leurs disponibilités envers un seul emprunteur.

 

Dépénalisation de l’acte de gestion :

Les banques algériennes sont –elles trop prudentes dans la gestion des risques ? La psychose de la gestion des risques est généralisée au niveau des directions stratégiques des banques algériennes. Fortement recommandée par les économistes et les analystes financiers, ainsi que par le patronat, la dépénalisation de l’acte de gestion, toujours en gestation, fait perdre un énorme potentiel de financement de l’économie. Pour Nabil Djemaâ, expert judiciaire en opérations financières et bancaires auprès du ministère de la Justice, « Il faut libérer les initiatives à travers l’application réelle et effective de la dépénalisation de l’acte de gestion au sein des banques afin d’éviter ce climat de peur et de psychose qui touche les banquiers ».

Abderezzak Trabelsi, délégué général de l’Association des banques et des établissements financiers (ABEF) a indiqué, à ce sujet, qu’un projet de texte de loi, qui prend en charge de façon efficace le problème de la dépénalisation, sera bientôt soumis au ministère de la Justice. Chérif Rahmani, ministre de l’industrie, des PME et de la Promotion de l’Investissement, dans une récente déclaration a précisé que : «  la dépénalisation de l’acte de gestion sera réglée dans les prochaines semaines ». Cette question suscite un vif débat entre les juristes, les banquiers et le gouvernement.

 

 

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents