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Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Hakima Bédouani-Kernane - Journaliste

Journaliste - Reporter, diplômée de troisième cycle en journalisme (Université Panthéon/Assas, Paris). Expérience en presse écrite et audiovisuelle. Rédaction : Articles, enquêtes, reportages, interviews, dossiers sur l'actualité économique, politique, sociale et culturelle du Maghreb, de l'Afrique et du monde arabe. Collaboration : Arabies, Magazine de l'Afrique, African Business, African Banker, CIO Mag.. Contact: hkernane@yahoo.fr


Vers un déficit record

Publié par Hakima Bedouani-Kernane sur 3 Octobre 2011, 14:43pm

Catégories : #Économie Maroc

Arabies octobre 2011

Article publié dans Arabies, octobre 2011, pages 58 à 61

Sous le poids écrasant du coût des matières premières et de l'augmentation des dépenses engagées par l'État pour lutter contre la grogne sociale, le déficit budgétaire ( 5,7% du PIB) atteint un seuil critique...

 Le déficit des finances publiques au Maroc se creuse de plus en plus. Les causes ? D'une part, le prix élevé des matières premières et le manque de transferts d'argent des Marocains résidant à l'étranger; d'autre part, l'augmentation imprévue des dépenses engagées par l'État à la suite de l'agitation sociale du printemps dernier. Selon les derniers chiffres du ministère de l'Économie et des finanaces, le déficit budgétaire, estimé à 5,7% du Produit intérieur brut, a atteint un seuil alarmant. Le Maroc paie donc très cher sa relative stabilité politique et sociale. 

 Pour faire face au risque de révolte de la population marocaine, le gouvernement n'avait d'autre choix que de répondre positivement aux revendications sociales, notamment celle de la revalorisation de salaires. Dans une conjoncture internationale marquée par une crise financière accrue, d'incessantes fluctuations importantes du cours des prix des matières premières et un climat de tension sociale, le gouvernement a dû, dans l'urgence, engager des dépenses supplémentaires qui ont plongé son déficit budgétaire dans une situation critique. 

 Ces dépenses de compensation- qui pourraient atteindre 45 milliards de dirhams à la fin de 2011,  au lieu de 25 milliards initialement prévus - menacent la stabilité budgétaire du pays. Tout d'abord, parce que la loi de finance 2011a été établie sur la base d'un baril de pétrole à 75 dollars, alors que son cours moyen a atteint 98 dollars cette année.... De plus, la balance commerciale ne cesse de se dégrader depuis 2009 et son déséquilibre se creusera davantage encore en 2012. 


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Coût des Réformes. Pire encore, le coût du dialogue social et des réformes mises en place par le gouvernement devrait se monter à des dizaines de miliards de dirhams, selon le quotidien marocain l'Économiste. L'État a en effet déployé des efforts considérables pour calmer la grogne de ses concitoyens. A titre indicatif, il a revalorisé les salaires des fontionnaires de 600 dirhams net, augmenté de 10% le salaire minimum légal - depuis juillet 2011- et réajusté le montant des retraites à au moins 1000 dirhams net par mois. Ces mesures exceptionnelles ont évidemment pesé lourd sur une masse salariale globale qui devrait dépasser 95 milliards de dirhams en 2012... 

 Dans le rapport trimestriel rendu par son établissment, le gouverneur de la Banque centrale du Maroc - Bank Al-Maghrib -, Abdellatif Jouahri, a donc appelé les institutions étatiques à diminuer leurs dépenses. " Le déficit doit être contenu dans les limites acceptables qui puissent permettre à l'État de le financer sans reccourir de manière exagérée au monétaire " , a t-il déclaré. Cela dit, les organisations syndicales estiment que les revendications sont légitimes et que c'est au gouvernement de trouver les moyens de créer de la richesse et de la distribuer équitablement. De l'avis des économistes, le Maroc souffre de deux types de déficit, conjoncturel et structurel. " Le risque pour le Maroc est que le déficit conjoncturel qu'il connait aujourd'hui se mue ou évolue vers un déficit structurel ", a aussi souligné l'expert Driss Benal, lors d'un débat organisé par l'institut Amadeus et rapporté par la presse marocaine. Et de préciser : " nous sommes dans un contexte où le Maroc subventionne des produits à vocation sociale et ces mesures n'assurent pas l'amélioration de la productivité " ...

Malgré ses acquis et son équilibremacro-économique - d'ailleurs salué par le Fonds monétaire international ( FMI) dans le dernier rapport publié sur son site-, le pays vit une situation crtique. Le défocit budgétaire risque de s'accentuer davantage en 2012 ppour atteindre 7% du PIB. Quant au niveau de la dette, qui représente aujourd'hui 60% du PIB, il pourrait atteindre un record si des mesures restrictives ne sont pas mises en ouevre de toute urgence....

Selon de nombreux économistes, la première mesure à prendre serait de maintenir les équilibres macro-économiques enregistrés ces dernières années. En effet, les dépenses d'investissement du royaume ont atteint 21,8 milliards de dirhams au mois de juin 2011, contre 25,5 milliards au premier semestre de l'année 2010. Les prémises d'une période d'austérité se confirment aussi dans les orientations récentes divulguées par le ministère de l'Économie et des Finances dans la loi de finances 2012. En septembre dernier, le ministre concerné, Salaheddine Mezouar, a ainsi donné quelques indications sur ces nouvelles tendances qui laissent penser que le budget 2012 de l'État marocain risque de plonger le pays dans l'austérité. 

 

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De nouvelles mesures sont pourtant prévues pour renflouer les caisses publiques, comme la taxation supplémentaire des hauts revenus. Cette dernière sera en principe consacrée au financement de certains projets à vocation sociale. Car le gouvernement doit poursuivre ses efforts de cohésion sociale en mettant en place des programmes qui puissent favoriser l'amélioration des conditions de vie des couches de population les plus défavorisées, notamment dans les zones rurales. Pour y parvenir, l'État envisagerait de créer un fonds de solidarité qui serait soutenu par cette nouvelle taxe. mais d'autres directives sont également à l'étude, telle que la limitation des dépenses de fonctionnement des administrations publiques. En bref, il s'agit de rationaliser tous les frais liés aux déplacements, à l'organisation d'évènements ou à l'achat du matériel et d'équipements. Quant aux dépenses de compensation, qui ont enregistré une très forte hausse en 2011, elles devraient être réduites de 3%. Enfin, le déficit public pourrait être ramené à 3% en 2012 en respectant les indications de la future loi de finances, établie par les autorités de tutelle à l'intention du futur gouvernement.

Reprise de la croissance. Dans ses prévisions, cette même loi avance toutefois une reprise de la croissance, qui oscillerait entre 4,7 et 5,2 % et qui pourrait même grimper jusqu'à 5,5% pour les secteurs non-agricoles. Les pouvoirs publics comptent également donner une nouvelle impulsion à leurs relations économiques avec les pays du Sud. A cet effet, des programmes de partenariat et de coopération devraient être mis en place à compter de l'année prochaine. Car, du fait de ses déficits budgétaires successifs, le Maroc enregistre une baisse sensible de ses rapport commerciaux avec ses partenaires européens et se trouve donc dans l'obligation d'élargir le spectre de ses relations commerciales potentielles. 

Le recours à la privatisation d'une partie des actifs de quelques entreprises publiques a aussi été largement évoqué dans la presse nationale. Ainsi de la Banque centrale populaire ( BCP), dont 20% des parts ont été vendues cette année moyennant quelque 5,5 milliards de dirhams. Sont aussi concernées la compagnie Royal Air Maroc (RAM) et Maroc Télécom. La mise en vente de ses actifs pourrait s'opérer après finalisation des études engagées par les autorités publiques. Dans le détail, Maroc Télecom ouvrirait ainsi son capital à hauteur de 7%, soit près de 9 milliards de dirhams; et la RAM, qui se trouve dans une situation financière critique, céderait entre 20 et 30% de son capital vers la fin de 2011. 

Mais la vente de parts au sein des entreprises est-elle une solution adaptée ? Ce n'est pas l'avis de Driss Benali, qui déclare dans la presse que " les privatisations témoignent plutôt de la fragilité de l'économie...." Quoi qu'il en soit, les pouvoirs politiques ont une lourde tâche : concilier les promesses électorales avec l'austérité des dépenses. Deux élements qui ont tout l'air d'être..... inconciliables. Les défis du futur gouvernement s'annoncent donc très ardus. Car la priorité sera surtout de relancer la solidarité nationale en instaurant équité et cohésion sociale. Une tâche d'autant plus difficile à concrétiser qu'il existe une grande disparité dans la distribution des richesses. Mais une tâche dont il convient de s'acquitter si le pays veut éviter une révolution comme celles qui ont éclaté en Tunisie ou en Égypte. Nombreux sont ceux qui parlent d'un calme précaire, voire d'une bombe à retardement. malgré le ton rassurant des autorités, la crainte du pire est palpable. 

 


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